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Alerte Antibiotiques France PDF Imprimer Envoyer

Sources :  Egora 25 novembre 2011

Le Plan national d’alerte sur les antibiotiques 2011-2016, qui vient d’être rendu public à l’occasion de la journée européenne d’information sur les antibiotiques, témoigne d’une volonté forte de réduire la prescription d’antibiotiques, notamment en médecine ambulatoire.

« La prévention n’a d’intérêt que si elle est mondiale. » Pr Patrice Courvalin (Centre national de référence des résistances aux antibiotiques, Institut Pasteur)


Comment mettre en place une politique efficace de prévention des résistances ?
La lutte contre les résistances doit être mondiale. Une politique nationale, ou même continentale,  n’a aucun intérêt, car les bactéries voyagent avec les personnes et les souches se disséminent avec les migrations. Les antibiotiques ne sont pas des médicaments comme les autres. Ils agissent sur un tiers, les bactéries, et l’abus d’antibiotiques crée des problèmes pour la communauté entière, sans frontière. Vous pouvez très bien n’avoir pris aucun antibiotique et contracter une tuberculose d’emblée résistante. Les infections à entérobactéries multirésistantes sont généralement des cas d’importation, qui touchent des personnes qui reviennent d’Asie, de pays où il y a peu d’hygiène, où les antibiotiques sont en vente libre, où les traitements sont inadaptés, toutes conditions qui conduisent à la sélection de souches multirésistantes. La lutte contre les résistances concerne également l’élevage et l’agriculture. En utilisant les antibiotiques à faible dose de manière prolongée comme promoteur de croissance, les éleveurs sélectionnent des souches multirésistantes, qui peuvent ensuite coloniser les humains.
Quelles sont les actions entreprises à l’échelle mondiale ?
L’OMS a décrété que la résistance aux antibiotiques était un des trois grands fléaux cette année et une Task Force européo-américaine (Transatlantic Task Force  Europe/USA ou Taftar) a été créée en 2009. Il faut également encourager la recherche pharmaceutique. Par exemple, le projet Gain Act, aux Etats-Unis, a pour objectif, entre autres, de prolonger la durée des brevets pour les antibiotiques. L’absence de recherche pour mettre au point de nouveaux antibiotiques est un point alarmant.
 

Le Plan national d’alerte sur les antibiotiques 2011-2016 fixe pour la première fois un objectif précis de réduction de la consommation d’antibiotiques, de l’ordre de 25 % sur cinq ans. Cette baisse permettrait à la France de se rapprocher de la consommation moyenne des pays européens.

Actuellement la consommation d’antibiotiques en France est près de 30 % supérieure à la moyenne européenne et plus de trois fois plus élevée que celle des pays les moins consommateurs. « Il existe un mésusage particulièrement dramatique, car elle conduit à des impasses thérapeutiques », a souligné le Pr Dominique Manarinchi, directeur de l’Afssaps.

En effet, si la proportion des résistances a diminué parmi les pneumocoques et le staphylocoque doré depuis dix ans, grâce, notamment, aux  deux premiers plans nationaux pour préserver l’efficacité des antibiotiques, en revanche le tableau est beaucoup plus sombre pour les entérobactéries. 

Manque dramatique de nouvelles molécules

Parmi les points alarmants, on note une augmentation constante des entérobactéries résistantes aux céphalosporines de troisième génération, à l’hôpital, mais aussi, sans doute, en ville ; l’émergence depuis 2005 d’entérocoques résistants aux céphalosporines ; et la multiplication des épisodes d’entérobactéries productrices de carbapéménases (104 épisodes depuis 2004, dont 73 % importés).

Les auteurs du Plan souhaitent se servir de la convention comme d’un « levier » pour  diminuer la prescription d’antibiotiques en ville. Un indicateur a été défini pour surveiller les prescriptions et la Cnam prévoit un retour d’information vers les généralistes.

Une vigilance  continue est indispensable. Les  ventes d’antibiotiques ont baissé de 16 % au cours des dix dernières années, ce qui a permis à la France de céder sa place de premier consommateur européen à la Grèce. Notre pays reste néanmoins en quatrième position, avec 157 millions d’unités vendues chaque année en France, la grande majorité en ville.

Plus inquiétant, il semble que la consommation reparte à la hausse pour les adultes depuis 2009. Si l’usage des antibiotiques a considérablement diminué dans les rhinopharyngites, en revanche, il reste beaucoup trop fréquent dans les bronchites aigües du sujet sain, a remarqué le Pr Benoit Schlemmer président du Comité national de suivi du Plan.  « En France, les bronchites aigües représentent les trois quarts de prescriptions hivernales d’antibiotiques. Plus de 70 % sont traitées par antibiotiques, alors que la proportion est inférieure à 40 % en Allemagne ou au Royaume-Uni ».

Le manque de nouvelles molécules est dramatique. « Il nous faut des médicaments adaptés et pas seulement des molécules produites pour un bénéfice immédiat »,  a insisté le Pr Manarinchi. L’Europe travaille avec les industriels pour encourager le développement de nouvelles classes d’antibiotique, a-t-il ajouté, « mais même avec de nouvelles molécules des résistances vont apparaître. Il est indispensable de mieux définir les indications ».

            « Un plan trop planplan », Pr Antoine Andremont (service de bactériologie-virologie, hôpital Bichat)
Ce plan d’alerte est-il suffisant ?
C’est un plan extrêmement vaste et toutes les mesures sont excellentes. Il manque, cependant, une hiérarchisation forte. J’aurais préféré que quelques mesures phares soient mises en avant, tournées en particulier vers la ville, puisque c’est là que l’action majeure doit être menée. Toute la question est de savoir si l’on aura besoin d’une intervention encore plus volontariste.
Viser une baisse de 25 % n’est-ce pas un objectif fort ?
C’est bien, mais ce n’est pas non plus un exploit. Il ne s’agit  pas d’un plan de rupture. Le fait que les mesures ne soient pas financées laisse dubitatif. Je pense aussi qu’il aurait fallu un seul plan concernant à la fois la médecine humaine et vétérinaire. Deux plans séparés n’est pas la meilleure façon de faire comprendre qu’il y a un seul problème.
Quelle est l’importance des référents et des centres de conseils en antibiothérapie ?
C’est une mesure extrêmement bonne, mais qui nécessiterait un financement particulier.
Actuellement plus de 80 % des hôpitaux ont un référent (selon l’indicateur ICATB) et ces professionnels passent beaucoup de temps à répondre aux questions des médecins de ville. Les infectiologues réclament qu’il y ait des professionnels entièrement dédiés à cette mission. Cela aurait pu être une mesure phare de ce plan.
 

Pour favoriser une « juste prescription », le Plan prévoit de développer le conseil thérapeutique, en ville et à l’hôpital, par les référents en antibiothérapie dans les établissements de santé, et par les centres de conseil en antibiothérapie, plus orientés vers la médecine de ville. Deux centres sont actuellement en place.

Cette action sera renforcée par la mise en place de réseaux où les référents auront un rôle important, ouverts sur les établissements de santé et la médecine ambulatoire.

Ne pas se cantonner au monde médical

Parmi les mesures incitatives, une diminution de 10 % de la prescription d’antibiotiques pour les adultes sans pathologies lourdes ou chroniques a été introduite parmi les nouveaux objectifs du Capi et le Plan évoque la possibilité d’intégrer dans la convention la liste des antibiotiques requérant une prudence particulière et de mettre en place une incitation financière pour limiter leurs prescriptions aux situations qui le nécessitent.

Les tests d’orientation diagnostique rapide devraient contribuer à des prescriptions plus rationnelles et la Cnam étudie la possibilité de mettre en place un système de mise à disposition des bandelettes urinaires similaire à celui existant pour les Tod de l’angine.

La révision de la liste des antibiotiques à prescription réservée est en cours. «  Il est invraisemblable de continuer à laisser prescrire certains antibiotiques à large spectre quand l’état du patient ne le justifie pas », a insisté le Pr Schlemmer. Parallèlement à cette liste, chaque établissement hospitalier devra définir, selon ses compétences spécifiques, quels antibiotiques doivent faire l’objet d’une prescription particulière.

Les disparités régionales importantes observées, tant au niveau de la consommation d’antibiotiques que des taux de résistance, confèrent un rôle important aux ARS. Le taux de staphylocoques dorés résistants à la méticilline varie de 1 à 3 selon les régions, a indiqué le Dr Bruno Coignard (InVS). Ces inégalités démontrent bien que des mesures de prévention sont possibles.

La lutte contre les résistances ne peut, cependant, être cantonnée au monde médical, la moitié de la consommation d’antibiotiques étant liée à l’usage vétérinaire. Les données de surveillance confirment la progression des résistances aux fluoroquinolones et aux céphalosporines de 3ème et 4ème générations, en particulier dans la filière poules/poulets.

Parallèlement à ce plan d’alerte, un plan national concernant la médecine vétérinaire vient d’être présenté par le Ministre de l’Agriculture. 

http://www.plan-antibiotiques.sante.gouv.fr/

http://agriculture.gouv.fr/Resistance-aux-antibiotiques

 
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