Système de santé conventionnel ou médecine étatique?

 

 

A travers l’analyse systématique du cadre légal et réglementaire du système de santé et de sécurité sociale du Luxembourg, l’AMMD a su porter à la lumière du jour les déficits majeurs de ce système, qui compromettent sérieusement la sécurité de nos patients. De surcroît, le constat est que ces déficits ont mené tout droit à une médecine à deux vitesses, en pleine voie d’accélération, les patients libres financièrement étant libres également de se déplacer au-delà de nos frontières pour se faire soigner.


A l’heure actuelle, la déclinaison de notre système de santé et de sécurité sociale déjà ne garantit plus la protection aux patients, comme elle est fortement orientée vers la rationalisation du périmètre de prise en charge.


En effet, ce système prétendu conventionnel, d’apparence compromis séduisant entre deux mondes qui s’affrontent, prend de plus en plus les formes d’un système étatique, sans pour autant l’afficher franchement. La composition et le fonctionnement de la commission de nomenclature se veut la caricature d’un semblant conventionnel, incapable de promouvoir le progrès médical à sa juste valeur. L’hospitalo-centrisme est un pendant obligé de ce processus d’étatisation, visant à cimenter le périmètre des prestations, en les aspirant dans un premier temps pour les étouffer dans un second par son manque de flexibilité intrinsèque. Fait marquant et troublant : les coûts hospitaliers n’ont jamais pu être réellement maîtrisés, malgré la budgétisation par enveloppe. Au gré des fusions hospitalières, la complexité grandissante de la gestion a provoqué un overhead administratif qui a généré des incompréhensions parmi les médecins et le personnel soignant, toujours plus confrontés avec des procédures de tout genre mais déconnectées des réalités médicales. Au milieu, le patient, ne s’y retrouve pas. Les incrédules trouveront les arguments décisifs en essayant de prendre rendez-vous dans les cabinets médicaux ou de s’assoir dans les salles d’attente des services de policliniques ou des services des urgences.


La combinaison d’un système de santé et de sécurité sociale ankylosé, confronté à une pénurie de médecins, est particulièrement délicate malgré le dynamisme des derniers.


La médecine de l’avenir sera davantage centrée sur des prises en charge ambulatoires, c’est-à-dire conviviales pour le patient. Les progrès ne sont qu’à leurs débuts, tenant compte des changements biotechnologiques, génétiques ou informatiques dépassant de loin l’horizon de l’imagination. L’avantage médical est évident, mais l’équilibre financier de la sécurité sociale ne pourra pas supporter ces enjeux en mettant en oeuvre les réflexes dépassés du passé. Cette réorientation médicale ne pourra se concrétiser que par un financement spécifique assorti d’une limitation des prestations hospitalières à l’utile et au nécessaire. La Tarmed, nomenclature suisse, considérant les actes médicaux et les actes techniques d’une manière séparée, pourra servir de modèle de financement. Elle permettrait une transition progressive des activités « in » vers les activités « out of hospital ». La proposition de l’AMMD vise à développer l’ambulatoire tout en sauvant l’activité hospitalière lourde, mais en réduisant la ressource « médecin » au minimum nécessaire à son bon fonctionnement. Pareille vision semble cohérente avec le constat que la pénurie n’est pas nationale mais européenne et qu’il sera de toute façon difficile à recruter de nouveaux médecins hautement qualifiés, encore moins en nombre excessif. Dans la même ligne, les cabinets de groupe pourront mieux répondre aux attentes des
patients en termes de disponibilité comme en termes d’organisation interne des médecins toujours plus spécialisés.


En respectant le programme gouvernemental, l’AMMD propose de nombreuses pistes concordantes visant à développer un système de santé moderne et intelligent, pouvant rencontrer les défis d’aujourd’hui et de demain, en offrant des services de haute qualité dans des délais courts aux patients, sans dérapage des dépenses en matière d’assurance maladie, mais en profitant de la transformation médicale et digitale pour développer un vrai créneau économique inédit.

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